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Monday, March 4, 2024
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NousDeux Interview – «Lorsque l’on aime, on aime pour la vie» (2020)

A 73 ans, l’inoubliable interprète de J’en appelle à la tendresse profite de son été pour s’occuper de sa maison et de ses enfants et petits-enfants. Sans oublier, bien sûr, de préparer ses futures prestations sur scène. Rencontre avec une artiste résolument solaire.

 

NousDeux :
Avant le confinement, vous enchainiez les concerts. Comment avez-vous vécu cette période difficile?

Michele Torr :
J’étais sur la tournée Âge tendre et sur des concerts solo, et tout s’est arrêté d’un coup. Le début de confinement a été dur, mais ensuite, comme tout le monde. je me suis mise à faire du ran-gement. du tri dans ma garde-robe, à préparer les travaux que j’allais entreprendre dans ma cui-sine. J’étais un peu seule. je ne voyais que mon fils Romain avec lequel je déjeunais tous les jours.

Malgré tout, j’ai quand même travaillé avec Guy Mattéoni. pianiste et arrangeur, sur un nouveau tour plus intimiste piano-voix qui s’adaptera à des salles plus petites.

ND :Vous avez aussi été particulièrement touchée par la disparition de Christophe, survenue le 16 avril…

MT :
Cela a été terrible. J’étais très triste quand j’ai appris qu’il était hospitalisé, puis lorsqu’il est parti. Sa disparition a été d’autant plus difficile qu’elle a bouleversé Romain (Romain est ne de la relation amoureuse de Michele Torr avec Christophe en 1967, mais le chanteur ne la jamais reconnu, ndlr). Il a été tenu à l’écart par la compagne de Christophe et l’a tres mal vécu.

 

ND :
Que vous a inspire cette mise à l’écart?

MT :
De la colère et de la tristesse pour Romain. Il a été bouleversé parce qu’il a des regrets… Des regrets de ne pas avoir insisté pour davantage cultiver sa relation avec Christophe, même s’ils avaient des contacts particuliers. mais secrets, qui n’appartenaient qu’à eux. Vous savez. Romain et Christophe ont de nombreux points communs. Je n’étais pas au courant lorsqu’ils se télépho-naient, s’écrivaient. Je le découvrais apres, par les amis chez lesquels ils se retrouvaient.

ND :
Pourtant, vous êtes tres fusionnelle avec votre fils…

MT :
Oui, absolument! Mais il sait me remettre à ma place, vous savez.
Malgré le handicap (Romain est atteint de sclérose en plaques. nalr),
il est avant tout un homme.

ND :
Quelle image gardez-vous de Christophe?

MT :
Un amour fou de jeunesse, une joyeuse folie.
Puis, nous nous sommes perdus de vue pendant longtemps.
Nous nous sommes heureusement retrouves a l’occasion de
l’anniversaire de Marcel Amont, il y a deux ou trois ans.

ND :
Que vous êtes-vous dit lors de ces retrouvailles?

MT :
C’était très facile, comme si nous ne nous étions jamais quittés.
II y avait beaucoup de tendresse, une forme d’amour-amitié.
Nous avons discuté de Romain. évidemment…

ND :
Avez-vous senti qu’il avait des regrets?

MT :
Oui, mais il n’avait pas envie d’en parler.
C’était son jardin sccret. il n’aimait
pas trop se confier.

ND :
A part ce drame, qu’est-ce qui vous a le plus manqué pendant le confinement?

MT :
Le contact physique avec mes amis, mes enfants, mes petits-enfants qui ne pouvaient pas non plus voir Romain, car il n’a plus de défenses immunitaires. Il fallait faire très attention.

ND :
Votre public vous a-t-il manqué également?

MT :
Bien sûr. Le public, chanter sur scène. Tout cela me manque encore beaucoup.
Heureusement que je travaille avec Guy Mattéoni qui habite près de chez moi. à Aix.
Cela me permet de continuer de chanter.

 

ND :
Christophe, Jean Vidal, Jean-Pierre Murzilli… Vous avez vécu des histoires d’amour intenses. Quels souvenirs en gardez-vous?

MT :
Je dirais que lorsqu’on aime, on aime pour la vie. Certes, il y a des moments ou les circonstances sont plus difficiles, où des séparations se produisent, qui ne sont jamais drôles. Mais avec le temps. les choses s’atténuent et s’arrangent.
En général, on finit par se retrou-ver. Avec Christophe, nous nous sommes retrouves.
De même qu’avec Jean Vidal, avec qui je fêtais Noël même après notre sépa-ration. Avec Jean-Pierre Murzilli, la situation s’est arrangée aussi. nous nous parlons aujourd’hui.
Vous savez, je ne peux pas rester fächée avec une personne que j’ai aimée. L’amour est différent. L’amour change, mais il est toujours là. Voilà comment je vois les histoires d’amour.

 

ND :
Croyez-vous toujours en l’amour?

MT :
Oui je crois en l’amour, l’amour sous toutes ses formes.

 

ND :
Comment avez-vous pardonné aux hommes qui vous ont fait souffrir?

MT :
C’est le temps qui a fait son travail. Le temps est formidable pour panser les grandes peines, les atténuer. Et puis, c’est la vie, c’est comme ça. On fait au mieux, on fait ce que l’on peut.

ND :
La musique vous a-t-elle aidée à surmonter les épreuves de la vie?

MT :
Bien sûr. Nous, les artistes, avons une chance extraordinaire: nous pouvons nous servir de notre vécu pour interpréter nos chansons, partager avec le public. Et en retour, l’affection de celui-ci est un soutien immense.

ND :
Le chant permet aussi d’évacuer les douleurs…

MT :
Oui, tout à fait. La scène est une forme de thérapie. Ça n’est pas un hasard si nous avons parfois du mal à aller au bout de certaines chansons tellement l’émotion est forte.

ND :
Vous semblez garder votre optimisme en toutes circonstances. De qui tenez-vous cela?

MT :
De ma grand-mère maternelle, Paula, qui avait un cancer généralisé et faisait du théâtre à l’hôpital. Elle faisait rire tout le monde et remontait le moral des malades! Les médecins nous avaient dit qu’elle n’avait plus que six mois à vivre, elle a tenu vingt-cing ans!

ND :
C’est votre modèle?

MT :
Oui, un modèle d’optimisme et de bonne humeur !
Elle n’avait jamais d’argent mais s’en sortait toujours.
Comme elle, je suis optimisme et positive.

ND :
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous rend heureuse?

MT :
Plein de choses ! Me lever le matin, avoir du travail, avoir mes enfants. Malgré sa sclérose en plaques, Romain fait ma joie. Il ne se plaint jamais. C’est aussi ça qui me donne de la force: comment voulez-vous que je ne sois pas positive quand je le vois en fauteuil, qui ne bouge pas, qui ne sort pas mais qui ne se plaint jamais, qui va bien, me parle de tout et me tient au courant de tout parce que lui a le temps de regarder les infos? Ça vous tient en forme!

ND :
Ne trouvez-vous pas qu’en ces temps où la violence semble se banaliser, votre tube de 1981, J’en appelle à la tendresse, trouve une résonance particulière?

MT :
Si, complètement. C’est d’ailleurs ce que je dis avant de l’interpréter sur scène, cette chanson est intem-porelle, parfaitement d’actualité.

ND :
Considérez-vous que notre monde est encore porteur d’espoir?

MT :
Je reste positive, bien sûr. Nous passons par des moments diffi-ciles, mais ce sont peut-être des leçons que nous recevons pour pouvoir construire un monde meil-leur. C’est dommage, mais nous allons apprendre de nos expé-riences, j’en suis sûre.

ND :
Quels sont vos projets pour la rentrée?

A partir d’octobre-novembre, la tournée Age tendre devrait reprendre.
J’ai également des dates pour mes concerts solo dès le mois d’octobre*.
Mon concert au profit de la lutte contre la sclérose en plaques devrait se
tenir au casino de Hyères le 23 novembre.

ND :
Avez-vous un petit message à faire passer aux lectrices de Nous Deux qui vous apprécient tant?

MT :
Je les aime aussi, parce que nous nous ressemblons. Ce sont des femmes authentiques, vraies, proches de leur famille, qui tra-vaillent, qui s’investissent. Et qui ont besoin de rêver aussi. Vous les aidez avec votre magazine à alimenter cette part de rêve, c’est super.

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